mn (XXII)

Oui.
Je devine enfin. Je ne peux comprendre que les évidences. Oui. Il est absurde de penser exister. Exister, l’utopie d’être visible pour les autres. Par comparaison. Futile. Déraisonnable. Inadmissible! Comme une pierre sur le chemin. Comme un nuage qui s’effrite. Vouloir que les autres vous voient. Vous reconnaissent. Pourquoi essayer vainement de se rassurer sur sa propre existence? Comprends-moi, cela n’a aucune importance. Simple. Tranchant. Être là, au milieu de tout. Peut-être à jamais. Peut-être seulement cette nuit. Ce tout ne ressemble à rien. Ce tout ne signifie rien. Je ne cherche plus à lui donner un sens. Il n’en a plus pour moi. Je le dessine par apprentissage. Succession de mots qui donnent « vie » à un état. Je tente de le visualiser avec mes couleurs. Mes couleurs sont-elles tes couleurs? À quoi bon? La conscience est-elle une? Est-elle multiple? Je suis là, étranger à moi-même. Étranger à vous. Étranger à toi. Néanmoins, je sais que là tu es moi. Vous êtes moi et vous à la fois. Le tout. C’est évident. Là tu souffres, tu ris, tu respires à mon rythme. Tu existes comme moi. Tu es moi, je suis toi. Nous sommes le sujet. Le même sujet. À l’instant. Maintenant. Et puis, ce n’est plus cela. Plus rien. Envolé disparu. Je n’arrive plus à discerner si je suis devant la montagne ou assis sur ma chaise, devant mon horloge. Mes repères disparaissent et s’estompent. Sans véritable angoisse. L’angoisse qui me rassure. L’angoisse qui me permet de m’apitoyer sur moi. L’angoisse qui me rend visible. Celle qui inquiète quand elle est visible. Portrait de l’âme. Je ne sens pas vraiment mes membres. Un tourbillon d’images, de mots, de sensation. Je veux que cela cesse, un instant seulement. Une pause. Mais je ne contrôle rien. Comme d’habitude. Aucun pouvoir sur rien. Je désire flotter au-dessus de moi. Ne pas m’habiter. Pas fuir, mais sentir. Percevoir sans exister. Je sens la pression, l’étreinte de tous ceux qui n’ont plus leur corps. Je ne suis pas seul.
Un grand éclat de rire. Un rire franc, profond me surprend. Mes yeux s’acclimatent à la lumière du néon. La pièce est la même. Identique. Exactement pareille. Mon regard s’attarde autour de moi, avec attention. Sans crainte. Seulement surpris. Personne. Je me lève. Je m’approche de la fenêtre ouverte. Il fait froid. Le ciel revêt son costume de nuit. De petits points blancs scintillent. Sans doute des étoiles. Une boule, plus grosse, posée là-haut, brille. La lune. Personne dehors, aucun bruit vivant. Seulement des sons. J’éclate de rire. Cette fois je sais que je suis celui qui éclate de rire. Et l’autre? L’autre rire? Sans doute le mien, le même. Je ne me force pas. Je suis seulement moi. Seul. Rire de moi. Et conscient d’être là même si je n’existe pas.

à suivre… mn (XXIII)

3 réflexions au sujet de « mn (XXII) »

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    1. Xav\' Auteur de l’article

      Je suis très touché que cela vous plaise. Merci de vous être arrêté sur ces mots et d’avoir glissé votre commentaire.
      Très belle fin d’année à vous,… à bientôt je l’espère.
      xavier .)

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