mn (XXIII)

Le monde ne change pas. Ni celui où je vis, ni celui où je songe. Ni celui où j’imagine que je vis, sans doute le même. Un seul et identique mouvement dans lequel je m’inscris. Ce n’est pas important de ne plus y croire, de ne pas y prendre place. Je n’ai pas de place. Ce n’est pas une question de mérite. C’est seulement un état. Le spectacle qui s’offre depuis ma fenêtre est grandiose, surtout lorsque je ferme les yeux et que je m’y penche. Je n’ai nullement besoin de hauteur pour éprouver le vertige. Je suis un point minuscule dans l’espace et je peine à y rester stable. Est-on si sûr de ce que l’on fait? De ce que l’on éprouve? Ne peut-on arrêter d’émettre des hypothèses? Cesser de faire du bruit, de s’agiter, pour que quelqu’un nous réfléchisse l’image de ce que l’on croit être. Ici, personne pour me dire ce que je dois être, ce que je peux être. Je dois me supporter ou m’oublier. Je ne sais pas que choisir d’ailleurs. Me supporter ou m’oublier? Ce n’est ni reposant, ni réjouissant. Seulement inutile, et légèrement plaisant. Pourquoi donc rechercher l’utile? Bien faire? Que se passe-t-il? Que cherche-t-on en s’exposant? Je vais gagner un souffle de plus, une seconde supplémentaire. Je vais croire que je suis. De quoi se compose cette seconde qui disparaît dès sa naissance? Identique à l’instant qui représente le cours de ma vie. De ta vie. Une nouvelle ombre qui apparaît puis s’estompe. Je suis mon propre tableau, personne ne le peint pour moi. Ni chef d’oeuvre, ni croûte. Seulement une superposition de couches de vies instantanées, qui sèchent les unes sur les autres, les unes après les autres. Certaines sont enfouies sous d’épaisses capes, d’autres réapparaissent au moindre effleurement. Je ne désire plus gratter pour découvrir ce qui n’apparaît plus mais qui existe encore. Je le laisse reposer, tel quel, dans sa sublime imperfection. L’angoisse me taraude toujours. La peur est là, apparente. Il ne me faut pas l’attiser. Elle tourne autour de moi, en circonvolutions inégales. Elle fait mine de lâcher prise et me donne l’illusion, parfois que je suis présent au monde. Vivant. Puis elle m’agresse, violemment. Elle n’a besoin de rien pour s’infiltrer insidieusement en moi et m’anéantir. Elle jouit de moi. Elle joue de moi. Et là encore, je comprends bien qu’elle est moi, et rien d’autre. Je ne peux pas avoir peur de moi. Je cherche seulement la lumière, mais il fait noir. La lumière me manque. La nuit prend ses aises sur le jour. Seul un point lumineux, une flamme virevoltante peut me réconforter. Une vie qui se dessine et illumine l’espace. Mais les jours s’effacent. Les mots disparaissent. Et la lumière s’atténue sans laisser de trace. Non. Le monde ne change pas. Utopie cosmique et universelle. Rien à expliquer, c’est ainsi. L’absurde et splendide luminescence de la vie sans contour.

à suivre… mn (XXIV)

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5 réflexions au sujet de « mn (XXIII) »

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  2. sylvaine vaucher

    Même en fermant les yeux, je partage ta lumière; j’ajouterais que même en la déracinant, sa sève continue à pleurer dans le noir.

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