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Anamnèses & autres textes (dont Mauvaises Nouvelles) | version papier

Le livre Anamnèses & autres textes (dont Mauvaises Nouvelles) est aussi disponible en version papier depuis aujourd’hui.
Un grand merci à Jean-François Gayrard pour son travail (éditions Numeriklivres)

Pour commander votre livre en version numérique ou version papier, vous pouvez passer par ici: http://goo.gl/hwnfFE ou dans votre librairie de cœur.

Xavier Fisselier, Anamnèses, éditions numeriklivres
Photo couverture Jean-Baptiste Fort (photographer)

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Merci Emma (photo)

Anamnèses & autres textes | Xavier Fisselier, auteur

ISBN-13: 978-2897179212

Broché 106 pages – 13×20 cm

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Chaque visage est vivant, existence d’un jour pour toujours.

    

Anamnèses et autres textes | Éditions Numeriklivres

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Anamnèses et autres textes” by Éditions Numeriklivres, plus d’informations:
Photo : © Jean-Baptisite FORT Photographer

Résumé
Anamnèse [anamnɛz] nom féminin (grec, de ana « de bas en haut » → et mnêsis « mémoire » ; cf. amnésie) ■ didact. Retour à la mémoire du passé vécu et oublié ou refoulé (s’oppose à amnésie). « Faire remonter les souvenirs. » Le Petit Robert.

Nos souvenirs sont-ils de simples rêves qui nous habitent comme des fantasmes, ou sont-ils la chair et le sang qui nous composent, la glaise qui modèle nos pensées ? Et tous nos actes manqués, sont-ils condamnés à ne pas être, ou existent-ils par le souvenir qu’on garde de ce qui aurait pu être ?
Xavier Fisselier, d’une écriture très introspective, et toujours pleine de cette délicatesse poétique qui le caractérise, nous force à un voyage de mémoire, de cette mémoire intime qui souvent resurgit quand on regarde derrière soi, pour tenter d’appréhender le temps passé. Qu’en restera-t-il, de ce temps qui passe ?

Du même auteur
Mauvaises nouvelles, fiction, Numeriklivres 2013

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[la] #10

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Je suis revenu là. Là où, presque jour pour jour, il y a un an, je m’étais arrêté. Là où j’avais passé le rideau rouge de la porte d’entrée. Cet endroit n’a rien perdu de sa magie, mais ce n’est sans doute pas certain. Ces petits fauteuils de cuir rouge, un peu usés sur les coutures, se font toujours face, par deux. Il est difficile de les glisser sur le parquet rayé par nos semelles. Je crois qu’ils se sont alourdis avec le temps, absorbant la mémoire et les discussions de ceux et celles qu’ils accueillent, très confortablement. L’énorme lustre sans véritable style défini règne toujours au-dessus des têtes. Les baies ont été repoussées pour laisser entrer les rayons du soleil et la fumée des quelques fidèles qui se pavoisent sur la terrasse minuscule. Une file de chaises tressées, de couleur crème et un ourlet rouge. Le rouge. Omniprésent. Les conversations vont bon train. Je ne les écoute pas, je les perçois seulement. Je ne veux pas les entendre, mon esprit est ailleurs. Je crois qu’il plane au-dessus des journées qui se sont écoulées depuis la première fois où j’ai pénétré ce lieu. Mélancolique, nostalgique mais surtout passif. Je laisse juste passer devant mes yeux les images, les mots, la vie. Je ne peux m’empêcher d’observer tous les détails que je n’avais pas vus la première fois. Je ne veux pas que ce lieu me quitte, jamais. Je ne souhaite pas vivre dans le souvenir, non. Mais je m’élève contre l’oubli. Tant d’événements, heureux ou malheureux, parfois les deux simultanément, se présentent à vous puis disparaissent, laissant leur longue traine de souvenirs imprécis derrière eux. Vous ne pouvez que les laisser filer parce que vos mains sont sèches et engourdies. Je ne me souviens pas si les serveurs étaient les mêmes, si la carte a été modifiée. Je ne vois que des ombres ouvrir de leurs mains l’épais rideau rouge de velours. Je me situe réellement entre les deux dates. Mais le réel existe-t-il? Je crois que non. Il ne peut exister. Je n’avais pas remarqué le semblant de bibliothèque sur le mur du fond, ni les différents niveaux où siègent les tables. Je n’avais qu’une vision très floue de l’endroit. Mon esprit n’était pas concentré sur le lieu. Cela j’en suis certain. Seulement maintenant je peux comprendre, assimiler que ce lieu fait partie de moi. Un des endroits les plus doux que je ne veux quitter. Le lieu se remplit, on semble y venir pour déjeuner. Mais je continue de n’y voir personne depuis le nuage où j’ai établi ma résidence. Personne ne m’attend, les secondes peuvent passer, rien ni personne ne semble vouloir rompre ce moment délicat. Je prends le plus de temps possible, je lutte pour qu’il s’éternise. Je ne reviendrais pas de si tôt m’asseoir sur les fauteuils rouges. Je sens poindre l’énervement du serveur qui s’occupe de moi. Il aimerait que je disparaisse, que je lui libère la table mais il n’en sera rien. Je resterai là, aussi longtemps qu’il le faudra. Je me résigne à croire que ma place est là et pas ailleurs. Et puis peu importe, c’est ici que je voulais être. C’est ici que je suis. Maintenant c’est une évidence, l’endroit sera toujours là mais la mémoire disparaîtra. Il n’y aura bientôt plus de tables libres. Je n’ai plus la force de dévisager les nouveaux-venus. Je ne regarde plus que les ombres qui défilent encore dans ce lieu.
Je dois rester encore quelques minutes, même si elles sont inutiles. Ces instants me tranquillisent.
Mais je sais qu’il faudra se lever, écarter l’épais rideau rouge puis marcher.
Vers où? Ce n’est pas le moment d’y penser. Là et maintenant, je suis ici.

[la] #9

L’homme égoïste.
Ce matin je pressens enfin ce que je dois être.
À rechercher sans discontinuer, par tous les moyens possibles à être aimé, je suis devenu l’homme le plus égoïste, le plus décevant et le plus vil  qui circule nonchalamment dans ce triste dédale du monde des mystères. Toujours est-il que sans l’amour profond et sincère de ces âmes qui m’aiment sans ambages,  je n’aurais jamais pu le voir ni le comprendre. Il est temps de commencer cette cure de désintoxication de moi-même afin de parvenir ainsi à ne plus semer autour de moi la tristesse mêlée à ce parfum de bonheur fardé.
Je m’évapore pour guérir de moi et devenir léger, ou ne plus revenir. Seulement écrire.

Ne plus se voir n’est pas se perdre. Amos est encore en moi.

Anamnèse: Retour à la mémoire du passé vécu et oublié ou refoulé (s’oppose à amnésie).

[la] #8

Mes escapades n’auraient donc rien de réel malgré les déplacements évidents et irréfutables de mon enveloppe physique d’un point à un autre du globe. Toutes les vicissitudes qui se succèdent autour de moi devraient m’aider à comprendre que je me perds sur un chemin dont je ne connais ni l’origine ni la destinée. Cette fabuleuse aptitude à échapper au bon sens, à être profondément attentif et à l’écoute, m’accable, me déstabilise. Je me noie dans un tourbillon d’activités que je pensais être nécessaires et suffisantes à la construction d’un semblant d’existence. Or, cette boulimie insatiable d’ardeurs m’éloigne doucement de ce que je suis peut-être vraiment. Si seulement j’étais capable d’accepter la réalité telle qu’elle se présente à moi, en écartant les illusions qui rendent heureux ou font souffrir. L’omniprésence de mes rêves m’aveugle. Cette ivresse idyllique que je crée de toute pièce annihile la présence des signes du réel. Oui, je m’enivre jusqu’à la perte de connaissance de projets, de mots, de croyances pour me complaire dans l’élaboration séduisante d’un moi qui cherche à cacher la cruelle banalité d’une âme qui ne respecte rien, ni ne se respecte. La mise en oeuvre de cette folie dévastatrice d’un moi qui ne cherche qu’à être aimé ne crée que le doute et le désespoir autour de lui. Une manipulation infernale sous forme d’une confession salvatrice qui conduit inexorablement à la déstructuration d’un ensemble apparemment cohérent et harmonieux dont la composition réelle m’est cependant inconnue. Ne pas avoir le courage de se haïr pour se préserver du regard d’autrui est une constatation féroce. La réalité magnifiquement imaginée me ronge insidieusement, détruisant même sur son passage les espaces vierges les plus intimes, les plus reculés d’un moi dont la “non-composition” ne cesse de s’étendre. La désintégration est-elle une manière de se mêler au monde?

 

[la] #7

Je n’ai jamais ressenti l’impression d’avoir abandonné qui que ce soit sur les chemins de mon existence. Je crois même avoir lutté contre cela, à bout de force parfois. C’est étrange et sans doute erroné. Je suis convaincu de me tromper. Il est impossible à quiconque de percevoir ce qu’il ressent profondément. Seul Dieu, s’il s’intéressait aux hommes pourrait éventuellement le deviner. Mais je reste sceptique, pour ne pas avouer mon incrédulité.
Cependant, je peux admettre qu’il est fort probable que certains se soient sentis abandonnés par moi. Et ce, seulement, en me penchant sur mon expérience et mes sensations. Je me suis retrouvé, moi,  par moments, totalement en rade. Sans avoir aucune preuve tangible de cet abandon. Seulement une extrême sensation de « ne plus faire partie » de rien. L’impression d’être zappé, oublié, anéanti.  Disparu.
Mais, le constat le plus dur n’est peut-être pas ce sentiment. Je crois que la plus douloureuse sensation est de l’avoir déjà vécu. Et, là, par la répétition, vous ne pouvez que vous rendre à l’évidence: l’origine n’est pas l’autre, ce serait si facile encore une fois de reporter sur autrui ce dont on est probablement la source. Non! Il faut seulement envisager la cruelle réalité. Se dessiner dans un espace intemporel. Tu es seul. Seul responsable de ton oubli. Et enfin, sombrer ou ne pas sombrer. Mais y  penser est le début d’une chute sans fin. Et Amos n’est plus. Où es-tu Amos? Tous les tunnels ne se terminent  pas par la lumière du jour.