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ton image d’hier | christophe sanchez | #vasescommunicants

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(illustration)

Je revois ton image d’hier déroulée sur une bobine. Un vieux film sépia projeté en super8 sur les murs de ma chambre, ton visage ovale, tes yeux dragées qui roulent sur la caméra, qui jouent avec. Tu balances, tu danses, tu tournes dans une robe légère, tes boucles au vent dans un voile qui t’enveloppe, toi et un bonheur de carte postale. Je te vois grandir, changer. Tu sais, c’est comme un mauvais flash-back guimauve qu’on peut voir aujourd’hui dans les séries américaines. Un fondu dans le portrait, un morphing de deux personnes, la jeune, la vieille. Tout le monde sait que ce sont deux femmes différentes, deux actrices – la mère la fille, peut-être – mais on se prend à y croire, la nostalgie en nuance des séquences qui émeuvent.

Je bloque quelques images, une pause dans mon film, j’arrête un instant, fige pour mon éternité des postures improbables. Des clichés à deux balles, des souvenirs fabriqués, passés à la moulinette de mon inconscient, fragmentés et arrêtés par mon envie d’édulcorer le passé, de le filtrer pour ne garder que le meilleur. Je te triche, tu vois, te maquille de mes émotions pour ne plus penser à tes derniers instants. D’ailleurs, ça floute quand je remonte trop le temps, quand je décompose plus en avant, que des rides apparaissent sur ton visage pimpant. C’est faux tout ça, jamais tes traits ne se sont distendus, jamais vu les griffes du temps sur ta peau.

Tu es partie trop vite, les joues en creux fouillées par la faim. La fin, tu la savais proche, imminente, mais tu n’en disais rien, seul ton corps parlait. Je l’ai entendu souvent crier, ton ventre en convulsion et ta bouche en cannelure sèche. Longtemps j’ai cru que tu l’entendais, que tu allais te redresser, trouver dans mon regard de quoi t’alimenter et vivre, et continuer à tourner super8. Mais un jour tu n’as plus dansé, le voile te collait trop à la peau. Tes cheveux, boucles défaites, sont tombés comme le temps, des secondes une à une en miettes sur ton lit. Des os ont jailli sous ta poitrine, ont pointé comme des couteaux sur tes épaules en lambeaux. Tu disparaissais sous mes yeux, tu n’étais plus qu’un masque de fer crevé de deux dragées en larmes. Il était là le vrai fondu de cinéma, le vrai morphing, mais pas des plus léchés pour les séries américaines, des images qu’on ne projette pas. Du reste, tu vois, les murs de ma chambre n’en parlent pas.

Un grand merci à Christophe Sanchez (auteur de fut-il ou versa t’il dans la facilité) pour ce magnifique texte que j’accueille dans le cadre des Vases Communicants du mois de juillet 2011.

Liste vases communicants:

Isabelle Pariente-Butterlin http://www.auxbordsdesmondes.fr/ et G@rp http://lasuitesouspeu.net/
Camille Philibert-Rossignol http://camillephi.blogspot.com/ et Joachim Séné http://www.joachimsene.fr/txt/
Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/ et François Bon http://www.tierslivre.net/
Juliette Mezenc http://www.motmaquis.net/ et Jacques Bon http://cafcom.free.fr/

C’est chaque jour #VasesCommunicants

Source photo : http://www.zphoto.fr/lowest_photo531732.html

C’est chaque jour, tous les jours, plusieurs fois par jour. Des occurrences nerveuses où se cloîtrent retors les tourments et les plaisirs parcourant le corps de bas en haut dans un douloureux et sinueux parcours. Non, pas une heure sans que permutent les axes de la pensée, du bien au mal, dans un cortège sanguin permanent, inéluctable fin annoncée, consciente dans l’esprit, saumâtre sur le chemin. Chemin tortueux. Qui prend source à la plante des pieds, roule sur le craquement sévère de mollets ankylosés, se mêle au sang congestionné dans des canaux trop étroits, se débat avec les fourmis galopantes sur des cuisses trop raides, pour, en bout de course, mugir dans un bas-ventre tuméfié par l’afflux soudain d’une libido abandonnée, l’estomac en tambour essoré par la violence du manque. Une circulation abondante et folle paralysant les membres supérieurs, annihilant tout geste de défense dans une apparente immunité du dehors, un pacte de non-agression qui n’est autre que lâcheté d’esprit commué dans le corps. Ce corps, réceptacle de toutes les émotions, humilié, bafoué par l’abandon de l’autre, de soi-même, relégué au second rôle, se débattant dans un reflux de liquide violent. C’est chaque jour, tous les jours, plusieurs fois par jour.

Texte partagé dans le cadre des vases communicants par Christophe Sanchez que vous découvrirez  sur son blog fut-il ou versa t’il dans la facilité? Merci Christophe de m’accueillir chez toi ce mois-ci.

Allez lire les autres vases communicants de Février:

Claude Favre et Jean-Marc Undriener (vis à vis à préciser)