mn | mini nouvelle ou mauvaise(s) nouvelle(s)

– « Ne m’emmerde pas. Lâche-moi ! »

E se retourna, désarmée, incapable de lui répondre, incapable de lui faire face. G depuis quelques semaines était odieux avec elle. Son regard était froid, vide de tous sentiments, il n’était plus là, ne la voyait plus, ne l’admirait plus. Son amour semblait s’être évaporé, pire encore, son affection autrefois trop présente s’était peu à peu transformée en agressivité permanente, en indifférence latente. Seule, ressassant indéfiniment les paroles blessantes qui peuplaient ses relations avec lui, E sombrait doucement, sans force. E ne s’était jamais suffisamment aimée pour prendre le dessus. Elle ne s’était jamais aimée d’ailleurs. Sa vie était réduite à ce qu’elle croyait être de l’amour, de l’admiration, pour cet homme qui vingt ans plus tôt l’avait amenée à se découvrir, à comprendre qu’elle existait, qu’elle formait un corps magnifique, désirable, qu’elle brillait par son regard touchant, expressif, plein, plein d’elle. Elle s’était découvert grâce à lui, mais était-ce vraiment grâce à lui ? G l’avait toujours écoutée, elle savait bien qu’il faisait des efforts même si au début c’est ce qu’elle avait adoré chez lui. Maintenant, elle découvrait que s’était sans doute feint, il n’était pas celui qui l’avait aidé à exister. Encore une fois elle avait été trompée, elle n’était que l’objet de son entourage, elle ne vivait pas par elle-même mais par les autres. Elle était incapable de vivre, de briller seule.

Elle était restée là, debout, à l’observer tête baissée, humiliée. Son corps ne réagissait plus, elle ne sentait plus ses mains, elle était incapable, incapable  de s’enfuir, incapable de lui rentrer dedans, incapable de pleurer, incapable de hurler. Elle espérait au plus profond d’elle-même qu’il allait la sortir de cette situation si humiliante. Elle savait qu’elle ne pourrait y arriver seule. Il ne la regardait pas, mais  il devinait qu’elle était restée là, plantée derrière lui, démunie, cassée, anéantie par ces quelques mots. Autrefois, il n’aurait pas résisté à l’envie de la prendre dans ses bras, de blottir son visage et ses lèvres entre son cou et son épaule, cet endroit si doux où lui-même s’était épanché, où il lui avait déversé des flots de ses larmes chaudes au goût amer de ses souffrances, de ses vexations. Il se sentait abandonné, trahi. Elle n’était plus. Elle n’existait plus à ses yeux. Il voulait qu’elle le comprenne seule, sans son aide. Il ne voulait pas la quitter, il désirait simplement qu’elle parte, qu’elle le haïsse, qu’elle le tabasse. C’était plus fort que lui. Il fallait qu’il souffre, il voulait toucher le fond, il était condamné à ce destin. Il le savait depuis longtemps maintenant, il s’y était préparé, il ne savait ni quand ni comment sa mutation prendrait forme, mais il le savait. Il avait compris, il avait deviné que tout était vain. Il n’y avait pas d’issue, pas d’espoir, ni la moindre illusion d’une possible salvation.

G n’était plus là.

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