[la] #1 | les anamnèses

« Cette histoire n’a pas de fin puisqu’elle n’a jamais réellement existé et ce, malgré la véracité non contestée de ces lignes… »

Anonyme

*

Contre toute attente, je suis revenu sur les traces laissées la veille par l’empreinte de mes pas sur la plage. Elles avaient disparues. Léchées minutieusement par les vagues. Aspirées grain après grain par le sable mouillé. Elles n’existaient plus. Je compris alors que le temps ne pouvait résister à rien, sous aucune forme possible. Il ne pouvait que disparaître à jamais, malgré mes vains efforts à tenter de le maintenir en vie dans mon esprit. Ma présence physique au monde se transformait en une banale rêverie individuelle. Chaque trace ébauchée s’effondrait comme le danseur de ballet exténué, suivant un mouvement circulaire et lancinant, une hallucination étourdissante. Je confondais existence avec mutation. Je croyais à la vie, mais il n’y avait qu’une énergie. Il était accessoire d’imaginer extraire quoi que ce soit de ces flux vitaux. Systématiquement l’ « un » revenait dans le tout et le tout dans le « un ». Seul l’épuisement total d’énergie pouvait mettre fin à ce spectacle sans explication acceptable. Aucun être, aussi unique eût-il été, n’existait en marge des éléments qui le composaient et de l’ensemble infini d’éléments dont il faisait partie. J’en arrivais à penser que rien n’était indissociable malgré son unicité apparente et concurremment improbable.

Certes, cela ne m’avançait pas spécialement. Mais, je considérais cette découverte cruciale pour le bon déroulement de mes jours à venir. Il était clair que rien n’avait d’importance et que tout pouvait arriver. L’évidence incontestable de cette conclusion enfantine m’amenait à observer mon sort et mon environnement avec un tout autre regard. J’étais calme sans arriver cependant à être rassuré.

C’est à ce moment là que je pris la décision de partir pour traverser le monde comme un épais nuage blanc flottant. Disparaître et réapparaître au gré du vent. Oublier mon nom. Voyage intemporel infini dans lequel je pouvais m’inscrire paisiblement sans être vu, ni reconnu. À l’image du nuage, acquérir l’humilité de ne laisser aucune trace pour atteindre la liberté absolue de l’âme. Parvenir à sa propre évaporation, en se nettoyant de fond en comble. L’entreprise n’était pas une mince affaire, mais je gardais l’espoir d’y arriver.

Ne plus être que l’élément de l’élément. La monade. Ni plus, ni moins.

8 réflexions au sujet de « [la] #1 | les anamnèses »

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  2. Edith

    « C’est à ce moment là que je pris la décision de partir pour traverser le monde comme un épais nuage blanc flottant. »
    Mais comment fait-on pour parvenir à prendre cette décision ? Et est-elle irréversible ?

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    1. Xav\' Auteur de l’article

      on est toujours en partance, non… merci de laisser ce message et pardonnez-moi de ne pas vous avoir répondu plus tôt. À bientôt, xavier .)

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  3. Olivier

    Salut Xavier, enfin quelques minutes pour te lire … et réfléchir.
    Je fronce les sourcils mais je me régale.
    Je t’embrasse, Olivier.

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