mn (XXV)

Soustraire mes désirs pour contempler délicieusement l’évidence. Être bel et bien présent, une seule fois. Sentir sa présence au monde, débarrassé des illusions de la vie. Abandonner les rêves. Ne plus rien percevoir, mais seulement et simplement voir. Parvenir à laisser s’éteindre cette expérience en silence. Se voir vivre s’apparente à cet étrange apprentissage continuel de l’au delà. Irréel et invisible. Cette quête inachevée m’efflanque. Je ne suis plus qu’une ombre de tonalités noires et blanches. Je n‘ose confronter mon visage et ma nudité au reflet de ce fumiste miroir. Je ne suis qu’un cliché dérobé, superposé sur une composition éternelle. Une image. Tout soupçon de substance se détache de moi. Malgré l’épuisement des forces et des sens, le rythme s’accélère. Les couleurs se fanent et les murs se rétractent. Rien ne paraît stable, mais tout se soutient naturellement. Une eurythmie improbable s’installe avec moi. Moi au centre, supportant péniblement les battements lourds de mon coeur. Lui aussi semble déplacé et disproportionné. Des traces grisâtres parcourent mon ombre. Mais rien ne bouge vraiment. Les contrastes sont forts, le noir domine le blanc qui éclate spontanément par endroits. Et ces superpositions qui se figent, les unes aux autres. Cette épouvantable absence de bruit. Seules subsistent les formes, presque inconnues. L’excitation et la nervosité sont au plus fort mais les mouvements se font avec difficulté. L’extrême envie de m’allonger sur ma paillasse m’oppresse. Je ne peux même pas imaginer le temps nécessaire afin d’y parvenir pour m’y affaler. Je m’obstine à  fixer mon regard quelque part. Trouver un repère. Un seul repère. Je ne peux plus rien changer à rien. C’est une évidence. Le contrôle s’amenuise jusqu’à disparaître. La volonté s’écoule lentement. Rien ne subsiste. Rien ne résiste. Le soulagement n’existe pas, même lorsqu’il n’y a pas de douleur. Les sensations sont trop volatiles, trop vaporeuses pour meurtrir la chair. La scène se dessine lentement et se fixe à jamais.

Je sais que c’est le moment, lorsque tout s’échappe.

à suivre… mn (XXVI)

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