mn (XX)

Ici et maintenant. Je me fonds entre la terre humide et le ciel azuré. J’ai froid. Je scrute posément, avec clémence, la montagne. Elle sait. Elle m’observe et s’alimente de ma présence. Sa vie à observer, à dévorer les âmes. À comprendre. Impassible. J’inspire. Je capte. Je perçois. Je m’éveille à la nuit. Et, je pense à la mort.Et à la vie. Peu importe encore une fois. Ça ne fait qu’un. Identique cycle infini. Un seul et même passage. Sans véritable durée. Mystique de l’éphémère. Je ne sais toujours pas distinguer l’essentielle différence. Le trépas s’avère extraordinaire. Oui, c’est exactement cela, un extra de l’ordinaire. On laisse filer toute une vie pour s’y préparer. Absurde nécessité. Toute une vie. La mort donne naissance au futile et instantané souvenir d’une existence. Certains exigent plus de temps d’apprentissage que d’autres pour prétendre au sommeil éternel. D’autres, eux, assimilent très vite l’attraction du dernier soupir et peuvent se retirer en paix, plus promptement. De la naissance à l’extinction, étrange simulacre. Voyage parfumé, aux esquisses subtiles. Je le conçois bleu ce voyage. Appel au ciel. Mais rien n’est moins certain.  Seul le calme assuré. Repos de l’être dans l’aître. Ou, s’étioler par et avec le feu. Distinguer  petit à petit les teintes et les silhouettes. Suspendu là, à vau-l’eau. Retrouver le ventre d’une mère. Biffer les séquelles incrustées par la parturiente. Imbrications qui s’effilochent autour de moi, gravées à jamais. Répétées sans cesse. Renaître de la terre, de l’eau, de l’air et du feu. Recomposer le corps décharné, empreinte d’un autre corps. S’oublier à soi, lavé de ses excès. Panser ses brûlures. Naître à soi-même. Le souffle piquant des neiges éternelles me rappelle à ma vie. Le soleil se couche, et je ne peux bouger. Je dois rester là. Même si j’ignore l’espace où je me situe. Ne pas ciller. Ne pas rompre la plénitude qui m’enrôle. Même de nuit, la montagne est présente. Je perçois sa caresse. Elle me parle sans mot dire. Peu importe les sommeils, rien ne change. Seulement s’imprégner de sa force cosmique. S’accoupler plus profondément à la terre. S’accorder délicatement à la symphonie mélodieuse de la bise. Expier ses malfaçons jusqu’à l’extase. Les traces indélébiles s’échappent par capillarité. Ne surtout pas lutter et se laisser absorber par la terre.  Puis exhumer délicieusement la vie qui subsiste. Aussi minuscule soit-elle  pour la recomposer en silence, à l’abri des regards. S’empêcher de nuire. Le temps ne compte pas pour mener à bien son enfantement. Silence. Rejoindre le corps d’une mère. Naître et n’être plus le même.

à suivre… mn (XXI)

2 réflexions au sujet de « mn (XX) »

  1. Ping : mn (XIX) | dream about your life & live your dream

  2. Ping : Tweets that mention mn (XX) | dream about your life & live your dream -- Topsy.com

Si vous souhaitez m'envoyer un commentaire, écrivez-moi à xavier(at)fisselier.biz

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s