mn (XIX)

Mon épuisement est abstrus. Sa source est inconnue, insondable mais à la course folle. C’est un ruissellement qui se répand et ne se tarit jamais. La fatigue mine peu à peu la vie. L’énergie se délite depuis sa genèse. Je la sens fuir. Parfois, je l’entends s’échapper. Ce qu’il me reste de volonté est trop chétif pour sauver ce corps asthénique. Je le constate. Je me résigne. Je ne cherche pas à lutter. Je maudis la lutte. Envers qui? Contre quoi? À quoi bon lutter quand la bataille est chimérique? L’hallucination d’une victoire assouvissable n’est pas suffisante pour s’engager sur cette voie. La joute n’a pas lieu en cette place. La tromperie est trop manifeste pour que j’y adhère le sourire aux lèvres. Rempli d’espoir. Non. Ne crois pas que tu as la force de changer ton existence. Le combat se déroule en tous lieux, pour tous et à chaque instant. Pour l’éternité. Je n’envie pas ces autres âmes aux uchronies incolores qu’elles aiment déblatérer pour feindre l’indifférence absolue. Mais cette indolence est là, immuable et vivante. Aucun effort n’est capable de sauver l’homme de sa torpeur. La difficulté ne réside pas là non plus. Aucunement. Erreur frisant l’indécence. Je suis ici pour cette faute qui n’existe pas. À l’écart, docilement. Mes cris ne portent plus. Ils s’écrasent sur les murs et me reviennent au visage. Alors je préfère m’asseoir, au pied de la montagne. Là-bas. Très loin, si proche à la fois. C’est une montagne sacrée. C’est ce que l’on en dit lorsque j’y suis. Et je reste là, dans le calme le plus absolu. À la contempler. À la dévisager. À la déshabiller du regard. Je peux la toucher sans m’en approcher. Elle m’apparaît et se découvre. Se dénude. Sans artifice. Elle est là depuis toujours. Elle le sait. Son pouls est lent mais continu. Inaltérable. Elle ne domine rien mais englobe tout. Elle est majestueusement simple et parfaitement discrète. Un seul trait la définit, suspendue dans l’espace. Légère à en disparaître. Elle transcende les strates aériennes de ses ondes cristallines et pures. La couver du regard ne blesse en rien. Ni l’âme, ni le corps. Ni le corps, ni l’âme. Son souffle est caressant. C’est une force tendre de la nature. Combien d’âmes s’y échouent et s’y reposent.  Combien de temps y restent-elles? Je ne sais pas. Je comprends seulement qu’elles sont là. Présentes à la vie, en l’absence de leurs corps. Perdus au loin, comme le mien. La musique qui s’élève de ses flancs est onctueuse. Je m’en abreuve. En son sein, je dépose le reliquat de mes forces. Je parviens à peine à me souvenir d’où je viens, d’où je suis. Je ne peux envisager de retour. Seulement réussir à minimiser les bruits et les gestes. Que l’on me découvre pas. Qu’elle me laisse m’imprégner de ses formes floues et parfaites, de ses courbes duveteuses. L’effleurer. Désirer sa chaleur jusqu’à son apogée. Et inscrire l’effluve de son essence au plus profond de mes yeux. Lâcher prise, laisser aller. Apparaître et disparaître mais être là ou ailleurs.

à suivre… mn (XX)

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