mn (XVII)

Pour survivre, je rêve. Je ne divague pas. Non. Je rêve. Accéder aux songes et à leurs répliques si nettes. Courir et franchir la grille du jardin de la maison aux volets rouges. Soulever le loquet. Entendre le grincement de la grille sur ses gonds, le gémissement de la vie qui se déroule. Là. Maintenant. Sur le champ. Un appel à la vie. La tension est trop forte pour résister à la sublime tentation de tout arrêter. La pression m’asphyxie. Ici, le cul sur ma chaise, la fenêtre ouverte. Rien ne se passe. L’air ne circule pas. Sans doute ne circule-t-il plus? Depuis quand? Je ne me souviens pas. Ce n’est pas le plus grave le souvenir du temps. Le constat, amer, lui est oppressant. Les rayons du soleil peinent à entrer pour éclabousser de chaleur les murs gris. Seules de petites traînées de soleil s’y incrustent. L’angle n’est pas le bon. Oui, c’est toujours une question d’angle. Jamais le bon angle, comme un photographe à la quête du cliché jamais saisi. On ne peut pas tout voir. On sent, on pressent mais on ne voit rien parfaitement. On devine seulement. Une triangulation impossible. Là-bas, rien n’est identique. L’invisible se mêle au visible. Pas de forces antagonistes. Je peux m’accrocher aux branches de l’arbre, comme l’enfant qui passe ses journées à monter et remonter dans l’arbre pour y construire son nid, son refuge. Descendre et remonter sans cesse. L’arbre protège, enveloppe, rassure. Il vit depuis si longtemps qu’on ne lui donne plus d’âge. Je perçois son souffle léger, je sens filer sous mes mains la fluence de sa sève. Sa puissance ne conteste pas. Pour autant, interminables sont les marques de sa souffrance. Ses magnifiques plaies, rides éternelles creusées par les déchirures qui lacèrent au fil des jours. Sa corpulence massive, décharnée par endroits, s’étire inlassablement et sans ciller vers la voute céleste. À bout de force, mais toujours vivant. Lentement. Si lentement qu’il ne sait pas qu’il vit encore. Je foule les herbes folles qui s’offrent devant moi. On les dit folles parce que l’on ne les arrache pas, comme l’on nous arrache du ventre de notre mère. Elles m’attendent. Elles sont libres. Libres de leurs faits et gestes. Ondulations au rythme des caresses de l’air qui passe. Je ne suis pas assez fou pour être libre. Les brins d’herbes se laissent bercer. Réchauffer. Piétiner. Mais ils se redressent toujours, inexorablement, scrutant le ciel et les poussières d’étoiles à travers les feuillages qui se capriolent au rythme d’une symphonie sans fin. L’arbre, les brins d’herbes, le ciel, le soleil et tout ce qui les entoure vivent en paix incertaine. Où puisent-ils cette énergie qui me fait défaut? Je me fonds alors intégralement en eux et je me tais. Le jardin, n’est qu’une étape. Je m’en persuade. Il n’est qu’une préparation à l’apaisement, l’invitation au calme. La sensation de sérénité est très violente. Je ne suis pas sûr de moi. J’ai peur de ne savoir l’appréhender. Je dois apprendre à l’apprivoiser comme je parviens à amadouer mes angoisses, là-bas. Je ne peux passer du dehors au dedans, du superficiel à l’intime. Il y a des phases, des paliers incontournables, les mêmes que ceux du plongeur qui revient à la surface. Ne rien laisser échapper pour tout mieux englober. Lâcher prise pour s’intégrer au flux. Un geste après un autre autre geste, les sens à vifs, tous, au même instant. Mais ce rêve est-il réel? L’affutage de mes facultés sensorielles s’apparente à la coquetterie d’un aliéné apprenti.

à suivre… mn (XVIII)

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