mn (XV)

Rien, vraiment rien? Non, je ne crois pas. Croire? Non, je ne crois en rien d’ailleurs. Je n’ai pas de croyances auxquelles croire. Je préfère rêver, c’est plus pertinent et tout aussi utile. Rêver n’est pas espérer. Rêver, c’est partir, construire sa réalité. La réalité ne concerne que celui qui la vit. Il ne peut fuir ailleurs. Alors, je dois m’observer à présent, attentivement, en prenant mon temps, même si je ne connais vraiment pas ce que signifie prendre son temps. Je n’en prends ni n’en perds. Comment perdre du temps? Comment en gagner? C’est absurde. Je me reconnais bien dans cette notion d’absurde, mais je ne peux tout de même pas pousser le bouchon si loin. Je sais parfaitement qu’il m’est impossible de gagner ou de perdre du temps. Je suis seulement dedans, dans son écoulement imperturbable, là tout de suite. Je n’y pense pas. Cependant, aucune émotion ne semble vouloir prendre le dessus. Ni les rires, ni les larmes. L’indifférence, la seule indifférence. Celle qui me comble de paix, me tranquillise.  Mais une seule chose me dérange: ce contact glacial de la plante de mes pieds sur le sol. Je n’arrive pas à être en suspension totale. Je le rêve, je le désire ardemment mais je ne peux hélas transformer cette envie en réalité. C’est inouï, j’en suis incapable. Je constate maintenant que le contact physique, aussi ténu soit-il, avec une surface, un objet, est le seul rappel à mon existence ici. Je ne peux ni flotter ni rester en suspension. Je viens seulement de m’en rendre compte. Je n’y pense pas d’habitude. Je sais très bien que dans l’espace on peut le faire, mais pas ici. Cet exercice est un échec, je ne peux pas tout voir de moi, il y a toujours une surface de mon être en contact avec quelque chose. Il y a toujours un obstacle. Doit-on dire un support, une résistance? Cela m’est épouvantable. Là, maintenant, je ne peux pas voir la plante de mes deux pieds. À l’intérieur de ce parfait cube de glaces, si bien étudié, je peux faire glisser mon regard sur ces surfaces et observer indéfiniment toutes les parties de mon corps, l’une après l’autre, presque simultanément, presque intégralement. Mais pas toutes. Pourquoi pas toutes? Je sens bien que je m’énerve inutilement. Cela ne mène à rien, cela n’a aucune importance. C’est absolument anodin et néanmoins, je devine l’angoisse qui me gagne et m’oppresse. Je sens que la lumière s’intensifie. Les murs tendent à se rapprocher. Je suis pris dans un étau. Le bourdonnement de mes oreilles s’amplifie. Je reste immobile. Je veux et je peux résister à cette pression. Foutaise! Je sens que tout le poids de mon corps, et plus encore, se concentre sur la surface qui me connecte au sol, sur cette plante de pieds que je n’arrive pas à voir. Je suis capable de transformer l’indifférence au monde extérieur en une profonde dépression intérieure. Si je ne me calme pas, si je ne pose pas mes mains sur le  rebord du lavabo d’acier, je vais encore m’effondrer. Combien de temps va encore durer cette chute? Est-ce un rappel à la vie? Je ne veux pas m’infliger cette épreuve à nouveau? Je ne parviens plus à penser par moi-même, à me maîtriser. Bon sang, qui prend le contrôle de moi en ce moment présent? Qui? Je le hais…

à suivre… mn (XVI)

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