mn (XI)

Je sens le choc de mon corps sur le sol. Il est brutal. Je ne vois plus les hublots. Je n’entends plus les spectateurs, je n’entends plus leurs éclats de rire. Je ne vois plus leurs gigantesques et horribles bouches déformées par leurs rires affreux. Maintenant, je ne perçois plus qu’un léger bourdonnement, sans distinguer pour autant le bourdon qui semble vouloir rester là, tapi quelque part autour de moi, dans moi peut-être. J’entrevois aussi la chaise, à la renverse. Une chaise similaire aux chaises d’école. Assise de bois contre-plaqué, pieds métalliques de couleur verte. Et le dessous de la table, noir. Une étiquette est collée, là. Je devine une lettre majuscule et 7 chiffres. Un code sans doute. Suis-je aussi affublé d’un code? Très probablement, il n’y a aucune raison que je n’en ai pas un. Pourquoi pas moi? Ce n’est pas facile d’exister pour les autres si l’on n’a pas un code. Je me moque bien de ne pas exister pour les autres. Que se passe-t-il si on ne peut pas se reconnaître entre nous, s’identifier? Il n’y a aucune logique à cela. On peut se tromper de personne et, c’est inconcevable d’avoir la possibilité de se tromper de personne. Sauf si l’on est tous pareils, alors là, ce n’est plus grave du tout. S’identifier, se donner une identité. En quoi faisant? Et surtout, pourquoi faire? Il semble me souvenir que les autres ne sont pas identiques à moi. En quoi sont-ils vraiment si différents? Peu importe. Ils ne possèdent pas ma violence. Cette violence que j’éprouve à mon égard. Je vois bien qu’un halo de gêne m’entoure. Plus personne ne s’approche. Et, si l’on s’approche on finit toujours par s’écarter de moi. On finit toujours par me fuir. On finit toujours par me lâcher. Par m’abandonner. Moi aussi, je fuis mais jamais bien loin. Je tente surtout de me fuir, sans pour autant  y parvenir. Il est impossible de s’abandonner seul quand on est encore en vie. Aussi faible soit le souffle de vie qui pénètre son corps. On ne peut  pas fuir ce que l’on est. Cela doit expliquer mes évanouissements fréquents, mes tentatives de fuite qui se soldent par l’échec du retour à la vie. Quelque chose en moi essaie de s’échapper, à tout prix. Mais il n’y parvient pas, parce que c’est moi. Et l’on n’est pas deux quand on est soi. Je sais que je le déteste vraiment celui-ci. Qu’il ne s’aventure plus par ici! Et, ce satané code, où se trouve-il? Je n’ai ni l’utilité ni le besoin de le chercher. Il m’est aussi inutile que je me suis inutile. Je pense seulement à l’enlever pour qu’on le retrouve jamais, pour qu’il ne tombe dans aucune main bienveillante. Est-il pair, impair? Aucun des deux? Je suis absolument certain qu’il n’est ni pair, ni impair. Car tout peut exister, sinon, rien n’existe. Je ne suis bien ni blanc ni noir, mais noir et blanc, avec d’autres couleurs aussi même si ces dernières, les plus belles, s’estompent petit à petit. Qu’elles cessent de disparaître ces couleurs! Je ne peux me résigner à devenir chaque jour un peu plus gris, sans odeur ni saveur.

Rien ne peut donc stopper ce mouvement infini.

à suivre… mn (XII)

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