mn (X)

Tu sais, aujourd’hui, je ne suis pas sûr d’être, ni d’être en vie.

Je n’arrive pas à m’accrocher à quoi que ce soit, un petit quelque chose qui me retienne. Malgré ma chute, je ne peux m’empêcher d’observer autour de moi, comme à l’habitude. Un vieux réflexe qui ne me quitte plus. Mes yeux se posent délicatement sur les objets éparpillés, ça et là, par moi sans doute, dans un autre temps dont je me souviens pas. Ils s’impriment, un à un, devant mes pupilles, presque en suspension. Je cherche à pénétrer leur âme, leur raison d’être mais ils ne me disent rien, ils ne parlent pas, ils ne me parlent plus. Leurs couleurs autrefois chatoyantes s’estompent pour ne devenir qu’une surface terne, lisse. J’essaie de tendre l’oreille, cela ne ressemble pas au silence. L’amalgame de sons que je discerne m’est aussi étranger que les espaces occupés. Je ne les reconnais pas. Non, je ne les connais pas. Ils résonnent, avec perte et fracas. C’est insoutenable. Même l’émanation écoeurante de tabac froid se teint d’un remugle persistant, anonyme, qui se propage à l’entour. Une cacophonie des sens, stridente, dépourvue de mélodie. Comme une perte de connaissance. Que se passe-t-il quand il ne se passe plus rien? J’ai profondément mal, mais je ne sens rien. Je sais que la douleur s’amplifie mais je ne sens toujours rien. Suis-je anéanti par le seul poids de mes pensées? Je ne suis plus sûr d’être en vie. C’est un sentiment étrange, non définissable. Je ne peux le classer, le codifier comme je sais si bien le faire. Ni agréable, ni désagréable. Peut-être les deux la fois. L’expérience est un échec. Néanmoins je suis là. Seuls mes yeux semblent avoir encore la force de deviner les formes. Je sais que le tourbillon va cesser, il faut qu’il s’estompe. L’effondrement ne peut que m’anéantir. Je ne peux concevoir de chute éternelle, infinie. Le vertige de la profondeur m’effraie, je ne peux le supporter. Je vois défiler une succession de hublots au travers desquels j’aperçois des visages transparents, aux sourires éclatants. De quoi rient-ils? De qui se moquent-ils? J’entends leurs cris de joie. La pression m’étouffe jusqu’à la nausée. Mais je m’engouffre dans ce tunnel vertical interminable. Je ne perçois plus les hublots, seulement la paroi, noire, parsemée de traces d’oxydation de couleur ocre qui s’étendent. Cela ne s’arrête pas, au contraire.  Non, cela s’accélère. La vitesse se décuple. J’ai l’impression que mes membres s’arrachent, l’un après l’autre, pour aller s’écraser violemment sur ce mur mat qui n’en finit pas. Le froid et la peur me tétanisent. Mes dents claquent de plus en plus fort. Je tremble de tout mon long, au même rythme que les images et les souvenirs s’entrechoquent, disparaissent puis resurgissent d’un coup sec et éclatant. À cette vitesse, rien ne peut plus stopper la chute.

à suivre… mn (XI)

6 réflexions au sujet de « mn (X) »

  1. Candice

    Prenez donc un pingouin neurasthénique comme animal de compagnie. Son seul regard vous fera oublier ce nauséeux état de dépression.
    (en vrai, c’est une « blague » évidemment, je ne sais pas pourquoi cela m’a rappelé A.Kourkov de prime abord plutôt que la Nausée. Bref bref, les pingouins…)

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