mn (VIII)

Non, aucune importance.

Le jour se dilate et rétrécit, petit à petit , et je m’y insère doucement, sans presque aucun mouvement. Ma respiration est encore rauque et légèrement haletante. Les cigarettes renaissent dans mon souffle. Respirer lentement, sans bouger en sentant mes muscles douloureux me rassure. Prêter l’oreille à ce souffle, le mien, et au sifflement aigu qui s’échappe de mes narines fatiguées de laisser fuir cet air vicié par ce corps qui s’éteint un peu plus à chaque instant. Le râle de mes poumons affaiblis par le tabac qui s’y accumule depuis si longtemps. Cela m’est insupportable mais ce léger essoufflement, presque imperceptible, est comme une berceuse qui me réconcilie avec la solitude de mon environnement. Cette impression que les imperfections, les sons et les odeurs de mon corps accompagnent l’être qui pense en moi, pour qu’il ne soit pas seul. Ces traces de vie qui éclaboussent le calme et la progression de la journée. Journée qui n’en est pas une puisqu’elle ne finit jamais. Elle avance simplement, inexorablement en changeant de luminosité et de température. Je suis là dans ce bouillon sans fin. Je ne cherche pas à le comprendre, je cherche seulement à percevoir quel ingrédient suis-je dans ce bouillonnement où j’apparais, maintenant et jusqu’à quand. Le froid, le chaud, le jour, la nuit, l’humide, le sec se succèdent et se mélangent. Je m’y adapte, comme je peux. Certaines associations me plaisent plus que d’autres. Le froid, le jour et le sec par exemple semblent stabiliser le travail de mon corps et affiner le travail de mes pensées qui flottent autour de moi. Mes pensées ne me font pas mal. Je crois qu’elles ne touchent pas directement la surface de mon corps. Ni pincement ni caresse. Seules mes mains, ou les mains d’un autre ou d’une autre, parviennent à le faire. La douleur de mes poumons ne semblent pas venir directement de ma pensée. C’est extérieur à ma pensée et intérieur à mon propre organisme. Il vit indépendamment de moi, je ne lui demande rien, il ne me demande rien. Il sait ce qu’il à faire mais n’est pas toujours d’accord avec ce dont je rêve. Il est sensible aux aspérités de son environnement, posé là comme les autres choses qui l’entourent, ni plus ni moins. Il y en d’autres sans doute autour, je ne les vois guère de là où je suis. Mais ma pensée sait qu’ils sont là, et aussi là-bas, où je ne vais pas, où je ne suis pas. Fonctionnent-ils de la même manière? Je suis curieux de le savoir, et puis je me dis que cela importe peu de le savoir. Cela ne les empêche ni de vivre ni de non-vivre. Ils se fichent bien de savoir ce que je ressens puisqu’ils sont autonomes et différents à la fois. L’intérêt de le savoir se réduit alors et disparaît immédiatement, comme une idée qui traverse l’esprit et n’y revient jamais exactement de la même façon. Je préfère écouter mon souffle fébrile pour stopper net la réflexion qui me fait perdre pied. Je préfère me concentrer sur ce picotement ou la sensation de ce flux qui parcourt ce corps décharné. Je dois arrêter un moment de penser, rester calme, sans interrogation aucune, être seulement l’objet ou la matière qui me compose. Je ne sais comment le définir. Réussir à être ce que je suis lorsque je suis en plein sommeil, mais de façon éveillée.

Être éveillé sans penser, seulement une fois, juste une fois.

à suivre… mn (IX)

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