mn (VII)

Je suis peut-être vivant, certes. Je n’en ai pas la preuve, mais je veux bien y croire. Je n’ai pas le choix, aucun choix. Seulement une sensation vague. Je sens. Oui, c’est cela, je sens. J’écoute les mots qui s’inscrivent, je ne sais où, mais par là, en moi. Dans ce corps que je n’aime pas plus que cela. Il ne me dit rien, il est là. Voilà, il est là. Je le vois quand je m’observe dans la glace, quand je le déplace d’un endroit à un autre, quand je vois mes mains. Surtout quand je vois mes mains. Je crois bien que c’est la seule chose de moi que je regarde vraiment. Avec attention. Avec plaisir presque. Elles sont autonomes, je les vois bouger, saisir, toucher, caresser, écrire, dessiner, peindre. Elles sont l’extension parfaite de mes pensées. Sans les mains je ne suis rien. Je le sais. Ma liaison avec le monde extérieur, ou intérieur d’ailleurs, avec le monde tout simplement. Il est petit mon monde. Il ne va pas loin. Je le limite, plus je le limite, plus il s’étend. J’aime le réduire mon monde, au maximum. Cela ne change absolument rien à l’autre monde. Rien, absolument rien. Il se délecte. Je ne le fuis pas, ou plus. Je n’ai aucune raison de le fuir. Je le regarde seulement, passer. Il passe, seul. Sans bruit superflu. Il est discret. On le remarque à peine. On ne le regarde pas, on l’utilise. On le glorifie ou on le hait. Peu importe, ce ne sont que des pensées. Et les pensées s’évaporent, comme nous si on le souhaite. Mais, on ne le souhaite pas. Non, nous voulons exister par nos pensées, nous voulons les partager. À n’importe quel prix. Nous voulons nous faire entendre. Pour être vu, ou seulement pour être perçu, non invisible. Ce n’est pas important. Je ne suis pas inquiet. J’attends. Je réduis, j’élimine, j’efface, je chute. Je perds pied. Mon corps perd pied et je peux me dégager et l’observer. J’aime la chute, parce qu’elle va toujours plus vite que mes pensées. Elle me laisse à peine le temps de m’observer. Ce n’est pas moi qui m’observe alors. C’est le monde. L’instant présent, le cycle de l’instant. Aucune peur, aucune joie, aucune émotion. Le seul instant. La séparation. La rupture. Le vertige. La jouissance pure de l’instant vécu. Pas ce qui l’entoure, non. Rien d’autre que la chute. Le passage d’un état à un autre sans analyse. Elle est seulement postérieure l’analyse. Mais elle est fausse. Les pensées reviennent, elles classent dans des cases. Ici ou là. Pour reprendre le contrôle. Le contrôle. Je passe mon temps à éviter le contrôle. Je n’y arrive pas bien. Cela n’a aucune importance. Seul, rien n’a d’importance. La pression n’est pas dans la solitude. Le chemin est sans doute par là, si chemin il y a. Je ne crois pas qu’il existe un chemin. Cela n’est pas clair. Il y a peut-être un rythme, un équilibre rythmé qui n’a aucune signification profonde. Oui, un rythme, sans artifice, ni valeur. Qui peut juger de la valeur d’un rythme? D’un mouvement qui va vers sa fin, habillé de telle ou telle manière. Quel est celui qui peut me dire que sa pensée ou qu’une pensée est bonne à suivre. Cela m’amuse. Cela m’attriste. Mais, je vois bien que là encore, cela n’a aucune importance dans le mouvement du rythme. Aucune.

à suivre… mn (VIII)

6 réflexions au sujet de « mn (VII) »

    1. Xav\' Auteur de l’article

      Bonjour Jeanne,…
      J’étais déconnecté ces derniers jours, mais quel plaisir de te lire de nouveau par ici. J’aime l’idée de ce voile léger.
      Oui, toucher le visible…
      Un grand merci à toi. Xavier

      J'aime

      Répondre
    1. Xav\' Auteur de l’article

      Cher Christophe,
      Encore un grand merci de t’être arrêté par ici et d’avoir fait l’écho de cette mauvaise nouvelle. Tu as raison, c’est exactement cela… « Où se loge-t-on dans ce grand tout? »
      Je continue ma recherche et continuerai à la partager par ici. Peut-être devrais-je envisager un terme à cette série de mauvaises nouvelles, mais je n’arrive pas à m’y résoudre…
      Encore un grand merci à toi. Xavier

      J'aime

      Répondre
      1. arf

        Peut être devrais-tu inverser le champ de vision, muni d’une rétine plus coloré (la saison s’y prête) et alors, les « mn » deviendraient « bn » comme bonnes nouvelles. Les « bn » c’est léger et rappelle à n’en pas douter nos quatre heures enfantins et succulents. Et de copier/coller la base-line de mon blog : « Nous méconnaissons ce qu’il y a d’encore enfantin, pour ainsi dire, dans la plupart de nos émotions joyeuses. [ Henri Bergson ] »

        J'aime

  1. Ping : mn (XVIII) | dream about your life & live your dream

Si vous souhaitez m'envoyer un commentaire, écrivez-moi à xavier(at)fisselier.biz

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s