mn (V)

Je me crée mes propres croyances pour ne pas avoir à croire celles des autres. L’endroit où je vis est à mon image. Simple. Déprimant. Sans saveur. Je dis cela , les coudes sur la table, le regard posé sur les mégots qui gisent dans le cendrier. Ils sont presque plus animés que moi. De leurs restes émane une odeur âcre. Elle ne me déplaît pas cette odeur. Elle est tenace, ne veut pas disparaître. Je me prends au jeu de m’imaginer dans cette maison aux volets rouges. Je la dessine dans mes songes depuis toujours. D’ailleurs, je pense que je peux vivre ici parce que, dans ma réalité, je vis dans la maison aux volets rouges. Alors peu importe le reste. Cela ne change rien. On vit bien là où sa tête veut bien vous faire vivre. Quelle importance. Je sais que je fais partie de cette expérience humaine inhumaine. Mais, est-ce vraiment l’humanité? Je suis une souris de laboratoire en quelque sorte. Je ne sais toujours  pas pourquoi j’y participe. Cela ne me dérange pas. Je suis là et c’est bien. Il faut bien que quelqu’un y soit de toute façon. Et puis, je ne veux pas me poser cette question. Cela ne m’avance pas. L’idée est simple, des suites d’immeubles, souvent gris, aux dimensions identiques, contenant 249 appartements chacun, sur quatre étages. Tous les appartements ont la même taille. De même couleur. Enfin, je crois parce que je ne peux pas tous les visiter. Je n’en éprouve ni le besoin, ni l’envie. Je ne peux pas parler avec chaque locataire non plus. Cela me terrorise de penser à cela. Seules l’orientation et la position dans l’espace diffèrent. Certains occupants voient le soleil le matin, d’autres l’après-midi. Certains ne le voient quasiment jamais. Moi j’ai de la chance. Je fais partie de ceux qui ne voient pas trop le soleil. Si je vois le soleil, je veux partir d’ici. Je veux fuir. Alors, je préfère ne pas le voir, comme cela je peux rester. Les appartements les plus dangereux sont les plus hauts. Le risque de tomber par la fenêtre existe. Et si vous tombez, l’expérience prend du retard je crois. Il faut vous remplacer, et ce n’est pas toujours facile de vous remplacer vraiment. J’ai pourtant l’impression que si je tombe un jour, on me remplacera facilement. Mais, il me semble que l’on n’a pas confiance en moi. Je suis au premier étage. Si je tombe, il est fort probable que l’on puisse me sauver pour me remettre dans le circuit. Ce qui n’est pas facile c’est surtout de trouver des participants qui viennent de partout et de nulle part. Nous devons tous être de nationalité différente, de religion différente, d’âge différent, de couleur de peau différente. C’est une drôle d’idée, parce que moi je ne vois pas les différences. Je suis sans doute daltonien, je ne perçois pas les différences de couleur des voisins. Je les regarde bien parfois. Pas trop longtemps, pour ne pas les gêner non plus. Mais, je veux savoir s’ils sont là encore, ou s’ils disparaissent. Ce n’est pas facile à savoir. C’est leur vie, cela ne me regarde pas. Cela ne m’intéresse pas trop non plus. Je préfère penser à autre chose. Ma vie n’est pas vraiment là je crois.

à suivre… mn (VI)

9 réflexions au sujet de « mn (V) »

  1. Jeanne

    j’adore ce quelqu’un et sa vision des choses.. me rappelle quelques lectures dont je te parlerai plus tard.. je ne voudrais pas brouiller ton écriture : )
    quelle jolie lecture.. merci : )

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    1. Xav\' Auteur de l’article

      et moi, j’adore ce que tu as écris… merci pour ce compliment. Mais tu devras me dire absolument les lectures auxquelles tu penses… plus tard, d’accord, si j’arrive à continuer. Merci Jeanne, merci .)

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  2. Olivier

    On attendait la suite , la voilà, enfin !
    Ce personnage commence à nous tenir en haleine avec ses errances, certes un peu sombres, inquiétantes parfois mais jamais décevantes.
    Bravo Xavier,

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    1. Xav\' Auteur de l’article

      Te lire ici, savoir que tu suis ces péripéties me comblent de bonheur. Nous les deux petits garçons qui couraient dans le maïs. On ne se quitte jamais, seules les distances kilométriques nous séparent. Merci Olivier. Vos commentaires me mettent la pression, je ne sais si j’arriverai à continuer…
      merci Olivier

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  3. moi

    et je fais quoi maintenant si je n’ai pas la suite ……………………………………………………………………… ? hein?
    je pleure tout seul?

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    1. Xav\' Auteur de l’article

      Merci mon ami… tu sais tu peux aussi inventer la suite… la tienne. Libre champ à l’imagination… Merci à toi d’avoir déposé tes mots par ici… Bonne journée .)

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    1. Xav\' Auteur de l’article

      merci Jeanne… si heureux de savoir que tu t’arrêtes par ici… non, pas d’impatience, je crois que c’est préférable… mon rythme ressemble à celui du petit de la tortue… Bonne journée à toi et encore un grand merci… .)

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  4. Ping : mn (XVIII) | dream about your life & live your dream

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