mn (IV)

Je sens l’air frais qui entre par la fenêtre. L’aube, le crépuscule. Peu m’importe, je n’y peux rien de toute façon. Je parviens à ne pas écouter le bruit de l’extérieur. Heureusement que l’horloge est là. Elle couvre le son de la radio et le bruit de la goutte d’eau qui ne cesse de se détacher du robinet de la cuisine pour  aller exploser dans le fond de l’évier. Je crains qu’un petit abysse se forme dans l’évier à force de le percuter au même endroit. Ploc! Ploc! Oui, je crois que ma mère attend la mort et que mon père n’en a pas encore très envie. Moi, je ne sais pas. Je ne comprends pas pourquoi ils pensent à cela. C’est peut-être important mais je ne vois pas pourquoi. Je peux m’énerver de temps en temps parce que je ne comprends pas certaines choses. Mais cela ne m’arrive pas souvent. Je trouve cela inutile de s’énerver. Cela m’angoisse, même si je ne sais pas très bien non plus si c’est cela qui m’angoisse. Est-ce cela l’angoisse? Je préfère nommer cette sensation ainsi parce que j’entends souvent ce mot à la radio et j’imagine ne pas être différent des autres. Je peux essayer de le savoir mais cela va être long et dur. Je ne vais pas être plus avancé sans doute. Suis-je exclus ou suis-je reclus? Je suis bien ici. Je ne réfléchis à rien, j’attends. Je ne blesse personne, je regarde et j’écoute ce qui se présente à moi. J’essaie de ne toucher à rien. J’observe lentement, j’économise mes gestes. Je ne veux pas troubler l’ordre qui règne naturellement. Ma présence n’est que passagère par ici. Je ne peux pas l’affirmer, je ne sais pas ce qui va m’arriver après. Mais je sais que l’on ne m’attend pas. On n’attend rien de moi non plus. De toute façon, c’est stupide d’attendre quelque chose de quelqu’un puisque l’on n’est pas lui. Cela n’a aucune importance. Alors, je suis discret. Si je concentre  attention, je perçois à peine que je suis là. Je peux oublier que j’existe, mais ce n’est pas facile. Il y a toujours quelque chose pour vous rappeler à l’ordre. Je préfère dire quelque chose parce que je ne connais presque personne. Personne ne me rappelle donc à l’ordre. Je m’entraîne régulièrement cependant. C’est mon travail préféré. Apprendre à disparaître. Se volatiliser, sans bruit, sans mouvement. Puis se scruter, de plus loin, de plus haut. L’exercice m’est encore un peu difficile, mais je persévère. Oui, c’est cela, exactement, je persévère. Je sais bien persévérer parce que le temps ne compte pas quand je persévère. J’aime m´évaporer, être cet imperceptible nuage qui sent la présence de mon être. Je ne sais pas si nous sommes deux, ou si je ne fais qu’un. Je pense ne faire qu’un quand je m’évapore. Tout bêtement parce que j’ai l’impression de réfléchir de la même manière que lorsque je ne m’évapore pas. J’essaie seulement de savoir ce que je suis quand j’essaie de m’évaporer, de disparaître de mon écrin qui parfois me serre un peu trop. Oui, mon corps me serre un peu trop. Il me limite. Alors je préfère ne plus y penser et je le laisse de côté. Mais, ce n’est pas facile non plus. Je ne sais pas ce qui est le plus dur. Laisser son corps de côté ou arrêter le flux des pensées. Je cherche à faire les deux à la fois, mais là encore, l’exercice n’est pas anodin. Je ne trouve pas la méthode pour y parvenir. Je pense seulement que c’est possible.

à suivre… mn (V)

8 réflexions au sujet de « mn (IV) »

  1. arf

    Et bien voilà une belle élévation de l’esprit ! Et pourtant, va bien falloir retomber dans ce corps si étroit, quitte à s’y sentir à l’étroit. Quoi qu’il en soit, les va-et-vient entre le céleste et le corporel ne sont pas interdits.

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  2. Denise (Soupir59)

    Je ne sais pas ce qui est le plus dur. Laisser son corps de côté ou arrêter le flux des pensées….

    Je crois que le plus difficile serait d’arrêter le flux des pensées. Le corps est facile à oublier lorsque l’on s’élève au delà de cette barrière qui n’est que du visuel à vrai dire… Et puis pour arrêter le flux de nos pensées il ne faut pas écrire qu’il existe une horloge sans l’aiguille des heures….elle ne cesse de trotter dans ma tête! (sourires)

    Bonne soirée à toi!

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    1. Xav\' Auteur de l’article

      Je suis si désolé de répondre si tard à votre commentaire. Je ne sais comment m’en excuser. Vos mots me comblent de joie Mr le coucou. J’espère que vous reviendrez par ici.
      Merci encore. Je suis très touché. xavier .)

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  3. Ping : mn (XVIII) | dream about your life & live your dream

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