mn (I)

Je prends le revolver. J’applique l’extrémité du canon sous le menton. Je presse lentement la gâchette. Le coup retentit. Rien.

Je me réveille en nage, dans un bain de sueur, aigre. Le coup de feu résonne encore dans ma tête. Je ne veux pas ouvrir les yeux. J’ai mal à la tête. Chaque matin est identique au matin précédent. Je crois. Je ne me souviens jamais de rien. Les jours s’enchainent et je ne sais pas pourquoi, je n’en comprends pas le sens. Je ne cherche pas d’explication. À quoi bon. Cela ne change rien de savoir s’il y a un sens. Je sais que maintenant il faut que je me lève, que j’ouvre ma fenêtre en grand pour voir ce qu’il se passe dehors. Je n’entends pas le bruit de la rue. Je dois ouvrir la fenêtre pour me repérer. Sentir le froid, le chaud. Voir le jour, la nuit. Je ne sais pas comment m’habiller si je n’ouvre pas la fenêtre. Je n’ai qu’une fenêtre d’ailleurs mais c’est pratique d’en avoir une. J’espère que tout le monde a le droit d’avoir une fenêtre. Oui, je pense que tout le monde a une fenêtre. Normalement, je dois commencer par ouvrir la fenêtre, mais aujourd’hui je veux d’abord boire un verre d’eau. J’ai soif. Je suis vide et sec. Il est préférable que je boive. Je peux attendre pour ouvrir ma fenêtre. L’évier est assez proche de la table et de la chaise. En face, il y a la porte qui me permet de sortir dehors. De l’autre côté il y a la fenêtre. Et sur l’autre mur la porte qui ouvre sur la salle d’eau. Je ne me lave pas les dents dans la salle d’eau. Je préfère me rincer la bouche dans l’évier de la pièce principale. Parfois, je me demande pourquoi? En fait, je m’aperçois que je me demande toujours pourquoi je fais les choses. Je me demande aussi si les autres individus se demandent pourquoi ils agissent. Trouvent-ils un sens à leurs actes? Je ne sais pas et je ne sais pas non plus si cela m’intéresse vraiment de savoir ce que pensent d’autres individus. Je n’y pense plus.

Je cherche l’interrupteur de mon poste de radio , posé sur mon unique étagère. Je n’aime pas les étagères mais j’adore écouter les sons qui s’échappent de ma radio. Cet appareil est incroyable. Il vit seul. Il a toujours quelque chose à dire, à chanter. Les hommes qui y parlent me semblent si intelligents et parfois si stupides. Je n’y comprends pas grand-chose, mais m’émeut à l’écoute de ces symphonies. D’où vient ce cri de l’infini? Qui se cache derrière cette boite de plastique? Où meurent les sons que crachent, sans cesse, les hauts-parleurs? Il y a toujours un bruit, mais celui-ci je peux le faire cesser. J’ai le pouvoir d’y mettre fin. Ce n’est pas comme le bruit et les conversations qui s’entrechoquent dans ma tête. Je ne peux pas les arrêter.  Jamais. Sauf la nuit peut-être, et pas toujours. Mais la nuit je sais que je dors parce que je ne fume pas.

à suivre… mn (II)

7 réflexions au sujet de « mn (I) »

    1. Xav\' Auteur de l’article

      tu as raison, on pourrait bien le croire… je cherche à parler de l’exclusion, l’exclusion par la réclusion. Si tu me dis cela, c’est que je suis plus ou moins dans le ton que je souhaite donner. Mille mercis de t’être arrêté par ici pour y laisser un commentaire. .)

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  1. moi

    je commence ! après une nuit de 5 heures.. mes nuits ressemblent à mes journées. Mais c’est vrai que tout le monde n’a pas une fenêtre… alors je continue la II

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  2. Ping : mn (XVIII) | dream about your life & live your dream

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